
Droits de douane à 25 % sur les automobiles européennes : le pari risqué de Donald Trump
L’annonce, le 7 mars, par Donald Trump d’un relèvement à 25 % des droits de douane sur les véhicules importés de l’Union européenne marque une rupture brutale dans les relations transatlantiques. Alors que l’accord commercial de Turnberry, conclu en 2025, semblait avoir apaisé les tensions, le président américain invoque un « non-respect » du pacte par Bruxelles pour justifier ce coup de semonce. L’effet de surprise est total, et les réactions ne se font pas attendre.
En Allemagne, l’association des constructeurs automobiles (VDA) a immédiatement appelé à la « désescalade » et à l’ouverture rapide de négociations. L’industrie outre-Rhin, déjà fragilisée par la transition énergétique et la flambée des coûts de production liée à la guerre en Iran, redoute des « coûts énormes » qu’elle ne peut absorber. La filière automobile européenne, dont les exportations vers les États-Unis représentent plusieurs milliards d’euros, se trouve prise en tenaille entre la menace douanière et la nécessité d’investir dans l’électrification.
L’Italie, de son côté, vit cette annonce comme un test politique et économique décisif. Le gouvernement de Giorgia Meloni doit naviguer entre la solidarité européenne et un lien privilégié avec Washington, que les divergences sur le conflit au Proche-Orient et la guerre en Iran ont déjà mis à rude épreuve. La péninsule, dont la filière automobile souffre d’une baisse de production et d’une crise énergétique, voit ses marges de manœuvre réduites, d’autant que Rome peine à trancher entre une riposte commerciale coordonnée avec Bruxelles et une tentative de dialogue direct avec la Maison-Blanche.
Cette nouvelle escalade commerciale s’inscrit dans un contexte plus large de dégradation des relations entre les deux rives de l’Atlantique. Le même jour, le Pentagone a annoncé le retrait de 5 000 soldats américains stationnés en Allemagne, signal clair de l’animosité croissante de Trump envers ses alliés européens, qu’il accuse de ne pas partager suffisamment le fardeau de la sécurité collective. Les divergences sur la guerre en Iran, la conduite d’Israël à Gaza et au Liban, ainsi que l’absence d’un front uni face à la Chine renforcent la perception d’une Europe jugée trop indépendante par Washington.
Derrière ce coup de force, plusieurs analystes voient un « jeu de poker menteur » – une tactique de négociation agressive destinée à forcer les constructeurs européens à implanter des usines sur le sol américain, comme Trump lui-même le suggère dans son message. Mais le risque est grand : une riposte européenne sous forme de droits de douane réciproques, ou de taxation des géants du numérique, pourrait déclencher une guerre commerciale généralisée au moment où l’économie mondiale ralentit. L’Union européenne, par la voix de la Commission, a déjà prévenu qu’elle défendra ses intérêts. Reste à savoir si les Vingt-Sept sauront parler d’une seule voix face à un partenaire devenu imprévisible.
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