
En Colombie, le spectre des FARC dissidentes endeuille la campagne présidentielle
Un autobus pulvérisé sur la route panaméricaine, un cratère de près de 200 mètres cubes ouvert sur l’asphalte, et un bilan qui ne cesse de s’alourdir : l’attentat commis samedi dans la municipalité de Cajibío, dans le département du Cauca, a fait au moins vingt morts et trente-six blessés, selon les autorités locales. L’explosion d’un engin artisanal, vraisemblablement un cylindre métallique bourré d’explosifs projeté sur le véhicule, a transformé en piège mortel un car de transport public reliant Cali à Popayán. Le gouverneur du Cauca, Octavio Guzmán, a dénoncé une « attaque indiscriminée contre la population civile », tandis que les images diffusées sur les réseaux sociaux montraient des carcasses de voitures et de camions éparpillées, témoignant d’une onde de choc qui a balayé la voie stratégique du sud-ouest colombien.
Parmi les victimes, quinze femmes et cinq hommes, dont plusieurs enfants, rappellent que la violence politique ne distingue pas ses cibles lorsqu’elle s’exerce au milieu d’une région où l’État demeure largement absent.
L’onde de stupeur a rapidement traversé l’Amérique latine, où de nombreuses rédactions ont souligné le caractère électoral de cette escalade. À un peu plus d’un mois de l’élection présidentielle, le retour des « narcoterroristes », pour reprendre le terme employé par le président sortant Gustavo Petro, fragilise l’édifice déjà chancelant de la « paix totale » promise en 2022. Les analyses sud-américaines, de Buenos Aires à Mexico, insistent sur l’embarras d’un gouvernement de gauche confronté à l’inextricable fragmentation des groupes armés issus de l’ancienne guérilla des FARC.
La principale dissidence, l’Estado Mayor Central sous la houlette d’« Iván Mordisco », et la faction « Jaime Martínez » sont pointées du doigt par le commandement militaire. Mais un autre front s’est ouvert au cœur même du débat public colombien : sans preuves, Gustavo Petro a laissé entendre que ses rivaux électoraux pourraient instrumentaliser ce bain de sang pour « générer un climat de peur », ravivant une polarisation qui inquiète jusqu’aux chancelleries étrangères.
Les regards européens, notamment allemands et suisses, replacent l’attentat dans une chronologie plus longue de désillusions. Depuis l’accord de paix de 2016, qui avait valu un prix Nobel au président d’alors Juan Manuel Santos, les dissidences ont prospéré sur les décombres d’une démobilisation incomplète, phagocytant les trafics illicites dans des territoires où la coca ne cesse de gagner du terrain.
La presse russe, de son côté, a insisté sur l’ampleur des destructions et le bilan humain, tout en rappelant que le Cauca est le théâtre récurrent d’affrontements entre forces gouvernementales et groupes insurgés. Dans le monde arabe, le drame de Cajibío a été lu comme un symptôme supplémentaire de l’incapacité des sorties de conflit négociées à garantir la sécurité des civils lorsque les processus de réinsertion s’enlisent. Cette pluralité de lectures souligne une vérité commune : le laboratoire colombien de la paix post-conflit est observé avec une attention fébrile bien au-delà des Andes, tant ses échecs peuvent servir d’avertissement pour d’autres régions – du Sahel à l’Asie du Sud-Est – où dialoguer avec des groupes armés fragmentés relève d’un pari politique à haut risque.
Pour l’Afrique francophone et les cercles diplomatiques canadiens et belges attentifs à la stabilité du continent latino-américain, l’attentat de la Panaméricaine est un signal d’alarme.
Plus de vingt-six incidents violents auraient été recensés en quarante-huit heures à travers le pays, confirmant que la trêve fragile décrétée par certaines factions ne résiste pas à l’épreuve des rivalités territoriales et des logiques de prédation. Le gouvernement colombien a convoqué un conseil de sécurité nationale, réclamé des « actions décisives » et déployé des renforts sur la route panaméricaine, mais sa marge de manœuvre est étroite : toute opération militaire d’envergure risquerait de compromettre les négociations en cours avec les groupes disposés à parler, tandis que l’impunité prolongée nourrirait le discours des partisans d’une ligne dure.
À court terme, la campagne présidentielle se trouve percutée de plein fouet. La sécurité, thème traditionnellement porteur dans une nation marquée par un demi-siècle de guerre interne, revient au centre des débats au moment où les sondages annonçaient un scrutin serré.
Au-delà des postures partisanes, l’attentat de Cajibío rappelle que la Colombie ne pourra pas faire l’économie d’une stratégie de pacification qui dépasse le seul horizon électoral. Il faudra répondre à une équation redoutable : comment consolider un monopole de la violence légitime sur des routes et dans des bourgades où l’État n’est jamais vraiment entré, tout en offrant aux combattants démobilisés une place crédible dans la société ? De la réponse à cette question dépendra non seulement l’issue d’une élection, mais aussi la crédibilité d’un modèle de paix dont l’échec serait un séisme bien au-delà des frontières colombiennes.
Élargis ton regard
Trump annonce un accord de désarmement du Hamas, Israël et le mouvement palestinien posent leurs conditions
4 langues · 103 sources
Depuis Economy & MarketsMexique : le PIB bondit de 1,5 % au deuxième trimestre, son meilleur élan depuis 2020
1 langue · 18 sources
Depuis TechnologyGIIAS 2026 : la citadine électrique Chery Q enregistre 6 000 commandes, bousculant le marché indonésien
1 langue · 15 sources