
Entre reprise prudente en Argentine et contraction mexicaine, l'industrie latino-américaine cherche son cap
Au premier trimestre 2026, les trois grands pôles industriels d'Amérique latine affichent des trajectoires divergentes, entre fragilité argentine, recul mexicain et dynamisme brésilien.
L'industrie manufacturière argentine a connu en mars une embellie notable, avec un taux d'utilisation des capacités installées atteignant 59,8 %, soit une progression de plus de cinq points sur un mois et sur un an. Cette amélioration, portée par les secteurs du raffinage pétrolier, de la chimie et de l'agroalimentaire, doit toutefois être relativisée : elle intervient après un creux historique lié aux inondations de Bahía Blanca en 2025 et à une base de comparaison particulièrement basse. Le seuil des 60 % reste infranchissable, signal d'une reprise encore hésitante dans un contexte de stagnation économique et d'incertitude politique persistante.
Au Mexique, la tendance est inverse. L'activité industrielle s'est contractée de 1 % en rythme annuel au premier trimestre, selon l'Instituto Nacional de Estadística y Geografía. Le bâtiment et la manufacture ont reculé respectivement de 0,3 % et 1,8 %, tandis que la seule extractive a progressé de 1,8 %. Plus inquiétant encore, la formation brute de capital fixe — indicateur clef de l'investissement privé — a chuté de 3,6 % sur un an, ramenant le niveau à celui de 2018. Cette atonie, qui frappe un pays intégré aux chaînes de valeur nord-américaines, suscite des interrogations sur la compétitivité future du secteur, d'autant que les tensions commerciales avec les États-Unis et l'incertitude réglementaire pèsent sur les décisions d'implantation.
À l'inverse, le Brésil affiche une vitalité remarquable. Selon l'Institut brésilien de géographie et de statistique, la production industrielle a augmenté en mars dans quinze des dix-huit régions étudiées, avec des poussées spectaculaires au Pernambouc (+35 %), dans l'Espírito Santo (+22,5 %) et dans le Mato Grosso do Sul (+12,3 %). Même São Paulo, poumon industriel du pays, enregistre une hausse de 2,2 %. Ce rebond, soutenu par la demande intérieure et les exportations de matières premières, contraste avec la morosité argentine et mexicaine. Il témoigne aussi d'une résilience qui pourrait renforcer le rôle du Brésil dans les échanges avec l'Union européenne et l'Afrique lusophone, deux partenaires stratégiques pour Brasília.
Ces trois visages de l'industrie latino-américaine dessinent un tableau géopolitique fragmenté. L'Argentine, malgré un sursaut conjoncturel, reste prisonnière de son endettement et d'une inflation chronique qui freine l'investissement de long terme. Le Mexique, victime de la désindustrialisation rampante liée à la délocalisation des chaînes d'approvisionnement, doit repenser son modèle face à la concurrence asiatique et aux pressions protectionnistes de Washington. Le Brésil, plus dynamique, n'en est pas moins exposé aux fluctuations des cours des matières premières et à la volatilité politique interne. Pour l'ensemble de la région, la question centrale demeure celle de la compétitivité structurelle : sans une amélioration durable du climat des affaires, des infrastructures et de la formation, les divergences actuelles risquent de se creuser, compromettant l'émergence d'un véritable marché industriel sud-américain intégré.
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