
Hantavirus en croisière : la souche Andes met à l’épreuve les protocoles sanitaires transatlantiques
Trois morts et huit cas confirmés ou suspects à bord du MV Hondius, dont la dangereuse variante andine transmissible entre humains, ravivent les craintes pandémiques.
La confirmation, mercredi par un laboratoire genevois collaborant avec l'OMS, de la présence de la souche Andes du hantavirus à bord du navire d'expédition MV Hondius a brutalement rehaussé le niveau d'alerte d'une crise sanitaire qui couvait depuis plus d'un mois. Cette variante, endémique en Patagonie argentine et chilienne, est la seule des trente-huit espèces connues à pouvoir, dans des circonstances exceptionnelles de contact intime, se transmettre entre humains. Les huit cas recensés — dont trois décès, une patiente en soins intensifs à Johannesburg et un Suisse hospitalisé à Zurich — imposent désormais une gestion géopolitique aussi complexe que la traque épidémiologique.
Le drame a débuté le 11 avril, lorsqu'un passager néerlandais de soixante-dix ans est mort à bord, le capitaine assurant qu'il s'agissait de « causes naturelles non infectieuses ». L'autopsie a posteriori contredit cette affirmation : la souche Andes, hautement létale (taux de mortalité entre 30 et 50 %), était déjà à l'œuvre. L'enquête argentine privilégie aujourd'hui l'hypothèse d'une contamination lors d'une excursion ornithologique dans une décharge d'Ushuaïa, où le couple néerlandais — les deux premières victimes — aurait inhalé des particules virales excrétées par des rongeurs. Leur périple au Chili, en Uruguay puis en Argentine avant l'embarquement illustre la porosité des frontières face à un agent pathogène dont l'incubation peut atteindre six semaines.
L'arrivée imminente du navire à Tenerife, prévue samedi, a provoqué une onde de choc politique dans l'archipel espagnol. Le président des Canaries, Fernando Clavijo, a dénoncé une décision « sans aucun critère technique » et exigé un entretien d'urgence avec Pedro Sánchez, Madrid invoquant une « obligation morale et légale » dictée par le droit maritime et la solidarité européenne. Quatorze ressortissants espagnols seront mis en quarantaine à l'hôpital militaire Gómez Ulla de Madrid ; les autres passagers — une vingtaine de nationalités — seront rapatriés sans isolement, laissant à leurs pays d'origine le soin d'édicter les restrictions. La ministre de la Santé, Mónica García, a tenté de rassurer en soulignant que tous les occupants encore à bord sont asymptomatiques, mais la traque des vingt-trois personnes débarquées à Sainte-Hélène le 22 avril reste préoccupante.
L'OMS, par la voix de Tedros Adhanom Ghebreyesus, s'emploie à contenir la panique : « Ce n'est pas le prochain Covid-19 », a-t-il martelé, jugeant le risque pour le grand public « faible ». Les experts rappellent en effet que la transmission interhumaine du virus Andes nécessite une proximité extrême et prolongée, et que le nombre de cas secondaires reste très limité dans les foyers historiques sud-américains. Pourtant, l'épisode expose les failles d'une industrie croisiériste où le temps médiatique et le temps sanitaire ne coïncident jamais. La lenteur de la notification — l'alerte n'a été donnée à l'OMS que le 2 mai, trois semaines après le premier décès —, le silence initial du commandant de bord et l'évacuation tardive des patients critiques interrogent. Alors que le MV Hondius glisse vers les côtes canariennes, l'incertitude demeure : de nouveaux cas pourraient émerger à mesure que la période d'incubation s'achève, transformant une tragédie maritime en leçon de diplomatie sanitaire pour l'ère post-pandémique.
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