
Iana Lantratova, une ombudsman aux antipodes des droits humains
La Douma élit Iana Lantratova, députée controversée impliquée dans le transfert forcé d’enfants ukrainiens, au poste de défenseure des droits.
Le 14 mai, la Douma a désigné Iana Lantratova comme nouvelle haute commissaire aux droits de l’homme en Russie, succédant à Tatiana Moskalkova dont le second mandat venait d’expirer. Avec 301 voix sur 450, l’élue du parti Russie juste a devancé sans difficulté les candidats du Parti communiste et du LDPR, dans un scrutin dont l’issue était scellée depuis que le Kremlin et la direction de Russie unie lui avaient accordé leur soutien. Cette promotion consacre une figure politique dont le parcours – de la « chasse aux pédophiles » au sein des Jeunes gardes du parti au pouvoir jusqu’à son plaidoyer pour l’interdiction des jeux vidéo jugés subversifs – s’inscrit dans une dérive autoritaire et nationaliste.
Lantratova n’est pas une inconnue sur la scène internationale. La justice ukrainienne l’accuse d’avoir participé à l’évacuation forcée d’enfants des territoires occupés de Kherson, un acte que Kiev et plusieurs capitales occidentales qualifient de crime de guerre. Son élection soulève des inquiétudes quant à la poursuite des échanges de prisonniers entre Moscou et Kiev : alors que Moskalkova, malgré sa loyauté indéfectible au pouvoir, avait su maintenir un canal de communication direct avec les autorités ukrainiennes, le profil de Lantratova risque de compromettre ces mécanismes fragiles. Dans son premier commentaire, la nouvelle ombudsman a placé au premier rang de ses priorités le soutien aux « participants à l’opération spéciale » et à leurs familles, dans une formulation qui brouille un peu plus la frontière entre défense des droits et propagande guerrière.
L’ombre du cinéaste Nikita Mikhalkov et du chef adjoint de l’administration présidentielle, Andreï Iarine, a longuement plané sur cette nomination, rapportée par plusieurs médias comme le fruit d’un lobbying silencieux. Moscou semble avoir voulu un profil plus offensif que celui de Moskalkova, qui, après dix ans à ce poste, a confié son souhait de retrouver un siège de députée. De Pékin à Bruxelles, les chancelleries observent avec attention cette nomination : elle confirme que le Kremlin n’entend nullement modérer sa politique répressive, ni répondre aux accusations internationales concernant le sort des enfants ukrainiens. Pour les défenseurs des droits russes, déjà réduits au silence, l’arrivée de Lantratova signe la fin de toute velléité d’indépendance institutionnelle au sein de l’appareil d’État.
| Presse européenne continentale | −0.70 | critical |
|---|---|---|
| Presse russe et CEI | +0.30 | aligned |
La presse européenne continentale met en avant le parcours controversé de Yana Lantratova, citant son rôle dans le retrait d'un manuel scolaire et les accusations de transfert forcé d'enfants depuis l'Ukraine occupée. Le ton est critique, présentant cette nomination comme un recul pour les droits humains et une complication potentielle pour les échanges de prisonniers avec l'Ukraine. Le vote parlementaire est décrit comme une formalité sans réelle légitimité démocratique.
Les médias russes proches de l'État présentent l'élection de Lantratova comme un succès procédural de routine, soulignant la large majorité des voix et ses priorités déclarées : soutien aux participants de l'opération militaire et aux familles vulnérables. Le récit met l'accent sur la transition ordonnée depuis l'ancienne ombudsman Moskalkova et la rencontre prévue avec le président Poutine. Le ton est neutre mais approuve implicitement la nomination comme une continuation d'une gouvernance responsable.
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