
Junts campe la rupture définitive avec Sánchez : la législature espagnole à l’agonie
La rupture entre Junts per Catalunya et le gouvernement de Pedro Sánchez a franchi un seuil irréversible. Le parti indépendantiste, qui avait déjà dénoncé son accord d’investiture en octobre dernier, réclame désormais ouvertement la convocation d’élections anticipées. Au-delà du contentieux catalan, c’est une mécanique de défiance qui s’installe, nourrie par des promesses fiscales non tenues – comme l’exonération de TVA pour les auto-entrepreneurs – et par une méthode de gouvernement jugée unilatérale.
La dernière étincelle a jailli à propos de la régularisation massive de migrants, adoptée sans consulter les élus de Junts, qui lui reprochent en outre de ne pas exiger la connaissance du catalan. Dans l’hémicycle, la porte-parole Míriam Nogueras a haussé le ton, sommant le président du gouvernement de dissoudre les Cortes. Du côté de Madrid, l’exécutif tente de minimiser l’affront.
La Moncloa circonscrit l’explosion de Junts à une réaction épidermique aux propos de Yolanda Díaz, qui avait qualifié le parti de « raciste » en plein débat. Mais cet apaisement de façade ne trompe personne : les postconvergents votent désormais sans complexe avec le Parti populaire et Vox, brisant le cordon sanitaire républicain. La droite en profite pour accentuer ses attaques : Alberto Núñez Feijóo fustige « corruption et incompétence », tandis que Sánchez contre en rappelant les alliances du PP avec l’extrême droite en Estrémadure.
Dans ce climat délétère, une motion de censure reste peu probable, les indépendantistes craignant de donner le pouvoir à leurs adversaires directs. Mais la législature se vide de sa substance. La question catalane, autrefois pivot des compromis, se mue en pomme de discorde permanente.
Pour l’Union européenne, l’instabilité espagnole constitue un risque géopolitique supplémentaire, alors que Paris et Berlin suivent avec inquiétude la montée des tensions entre exécutif et forces centrifuges. Au-delà des Pyrénées, les observateurs francophones – du Québec à la Belgique – voient dans ce blocage un écho aux fragilités des démocraties consensuelles. L’avenir immédiat se joue sur un fil : Sánchez tiendra-t-il jusqu’à l’été, ou les urnes s’imposeront-elles comme l’unique exutoire ?
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