
L'agonie de Narges Mohammadi : l'État iranien tient entre ses mains la vie de la Nobel
La vie de Narges Mohammadi ne tient plus qu’à un fil, et ce fil est détenu par les autorités iraniennes. La lauréate du prix Nobel de la paix 2023, incarcérée depuis décembre 2025 dans le nord-ouest de l’Iran, a été transférée en urgence vendredi à l’hôpital de Zanjan après un « effondrement catastrophique » de sa santé, marqué par deux pertes de connaissance complètes et une crise cardiaque sévère. Selon la fondation qui porte son nom, elle repose désormais dans une unité de soins intensifs cardiaques, sous oxygène, avec une tension artérielle dangereusement instable. Son frère, exilé en Norvège, confie se réveiller chaque matin « en attendant le pire appel ». La famille dénonce un transfert tardif, une « manœuvre de la dernière minute » qui pourrait s’avérer vaine.
Cette dégradation brutale s’inscrit dans un long calvaire carcéral. Mohammadi, physicienne de formation, purge une peine de près de huit ans pour « rassemblement et collusion contre la sécurité nationale » et « propagande contre le régime ». Ses proches affirment qu’elle avait déjà subi une probable crise cardiaque fin mars, et que six médecins consultés en prison avaient préconisé un mois d’hospitalisation loin de l’enceinte pénitentiaire, avis resté sans suite. La comparution devant le tribunal révolutionnaire de Mashhad, qui avait précédé son incarcération à Zanjan, n’a fait qu’aggraver une santé fragile, chroniquement fragilisée par des décennies de détention et de privation de soins.
La communauté internationale suit ce drame avec une inquiétude croissante, mais dans une impuissance presque totale. Le président du Comité Nobel norvégien, Jørgen Watne Frydnes, a lancé un appel solennel : « Sa vie est désormais entre les mains des autorités iraniennes », exigeant son transfert immédiat vers son équipe médicale attitrée à Téhéran. De son côté, la fondation rappelle que si la prison manquait déjà de moyens pour traiter ses pathologies, l’hôpital de Zanjan n’offre qu’un palliatif insuffisant. En Europe, des réactions concordantes – de la presse allemande aux médias italiens, en passant par le réseau francophone – soulignent la responsabilité directe du régime dans ce qui s’apparente à une exécution lente par négligence médicale.
Au-delà du cas individuel, l’agonie de Narges Mohammadi cristallise la répression féroce que les autorités iraniennes exercent contre les militantes des droits des femmes et les dissidents politiques. Depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté », Téhéran n’a cessé de criminaliser toute voix contestataire, emprisonnant des figures comme Mohammadi dans des conditions qui confinent à la torture. La géopolitique régionale ajoute une couche d’urgence : alors que les négociations sur le nucléaire iranien restent suspendues, des capitales occidentales, y compris celles du monde francophone – du Canada à la Belgique en passant par l’Afrique – observent avec effroi ce qu’elles considèrent comme un test de la volonté du régime de respecter ses engagements humanitaires.
L’issue de cette crise pourrait sceller non seulement le sort d’une femme, mais aussi la crédibilité des appels internationaux face à la théocratie iranienne. Le Comité Nobel a prévenu que tout refus d’autoriser un traitement spécialisé équivaudrait à une condamnation à mort. Dans les prochains jours, chaque heure sans transfert vers Téhéran aggravera un peu plus un pronostic déjà sombre. La communauté internationale, divisée et prudente, se trouve contrainte d’agir – ou de laisser la République islamique administrer la dernière peine à celle qui a incarné l’espoir d’une Iran libre.
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