
Téhéran exécute un étudiant et un rebelle, la répression s’intensifie
L’exécution d’Erfan Shakourzadeh, étudiant accusé d’espionnage, et d’Abdoljalil Shahbakhsh, membre d’un groupe sunnite, illustre le durcissement judiciaire iranien en temps de guerre.
La République islamique d’Iran a procédé, lundi 17 mars, à la pendaison d’Erfan Shakourzadeh, un étudiant de vingt-neuf ans inscrit à l’Université des sciences et de technologie de Téhéran, reconnu coupable de collaboration avec la Central Intelligence Agency (CIA) et le Mossad israélien. Cette exécution, annoncée par l’agence judiciaire Mizan Online, s’inscrit dans une vague de condamnations capitales depuis l’escalade du conflit entre l’Iran, les États-Unis et Israël. Selon les organisations de défense des droits humains Iran Human Rights et Hengaw, basées en Norvège, Shakourzadeh avait rédigé un message avant son supplice pour dénoncer des accusations « fabriquées », affirmant avoir été soumis à la torture et placé à l’isolement.
L’étudiant, qualifié d’« élite » par ces ONG, aurait été recruté en raison de ses compétences dans le secteur satellitaire, selon la justice iranienne, qui l’accuse d’avoir livré des informations sensibles à des services ennemis en trois phases distinctes. Le lendemain, mardi, un second homme, Abdoljalil Shahbakhsh, a été exécuté pour « rébellion armée » après avoir été présenté comme un entraîné du groupe sunnite Ansar al-Furqan, actif dans la province du Sistan-Baloutchistan, où il aurait attaqué des commissariats lors des manifestations de 2022. Ce double signal répressif intervient alors que Téhéran cherche à affermir son contrôle intérieur face à une pression extérieure croissante.
Du point de vue géopolitique, la stratégie judiciaire iranienne vise à dissuader toute défection dans les rangs des scientifiques et des hauts fonctionnaires, tout en exhibant sa capacité à frapper ceux qu’elle qualifie d’agents de l’étranger. En Europe, et particulièrement en France, en Belgique et au Canada, ces exécutions suscitent une vive inquiétude : la communauté diplomatique francophone, sensible aux droits de la défense, y voit l’instrumentalisation de la justice à des fins de guerre asymétrique. En Afrique, plusieurs capitales entretiennent des relations pragmatiques avec Téhéran, mais une telle recrudescence des pendaisons pourrait ternir l’image de l’Iran auprès d’opinions publiques exigeant le respect des libertés fondamentales.
Sur le plan intérieur, en revanche, le régime semble parier sur la peur pour étouffer les velléités contestataires, alors que l’économie ploie sous les sanctions et que le conflit avec Israël s’enlise. À l’avenir, cette surenchère judiciaire risque d’isoler davantage la République islamique sur la scène internationale, compliquant toute perspective de négociation tout en alimentant un cycle de radicalisation qui pourrait déstabiliser un pays déjà fracturé.
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