
Andreï Zviaguintsev, depuis Cannes, somme Poutine d’arrêter le « carnage » en Ukraine
Lauréat du Grand Prix pour « Minotaur », le cinéaste russe a lancé un appel direct au président, occulté par les médias d’État russes, tandis que la critique européenne décrypte un palmarès conservateur.
La 79e édition du Festival de Cannes s’est achevée sur un moment de rare intensité politique : Andreï Zviaguintsev, récompensé du Grand Prix pour son film « Minotaur », s’est adressé directement à Vladimir Poutine depuis la scène du Palais des Festivals. « Des millions de personnes des deux côtés de la ligne de contact ne rêvent que d’une chose : que cessent enfin ces innombrables meurtres », a déclaré le réalisateur, avant d’implorer le président russe : « Mettez fin à ce hachoir à viande, le monde entier l’attend. » Le long-métrage, premier film de fiction à saisir frontalement l’ère de la guerre en Ukraine, met en scène un chef d’entreprise confronté à la mobilisation de ses employés – une plongée dans les dilemmes éthiques d’une société sous emprise militaire.
Cet appel retentissant a pourtant été étouffé en Russie. Selon les médias indépendants russes, les principales chaînes fédérales – Perviy Kanal, Rossiya 1, NTV – n’ont fait aucune mention de la distinction ni du discours dans leurs journaux télévisés du 24 et 25 mai. Un effacement qui contraste avec le traitement, il y a deux ans, de la Palme d’or remise à « Anora », avec des acteurs russes. Seuls les agences d’État et certains sites censurés ont relayé l’information, le plus souvent sans citer les propos anti-guerre. Cette occultation illustre la crispation du pouvoir face à toute voix dissidente, surtout lorsque celle-ci résonne sur une scène internationale aussi symbolique.
Du côté européen, la critique a surtout retenu la tonalité conservatrice du palmarès. La Palme d’or est allée au Roumain Cristian Mungiu pour « Fjord », drame sur une famille religieuse réfractaire aux normes libérales nordiques. Selon plusieurs observateurs, ce choix du jury présidé par Greta Gerwig pourrait refléter une Europe en quête de repères traditionnels, reléguant au second plan le cri anti-guerre de Zviaguintsev. Le fait que le Grand Prix – que seul Nikita Mikhalkov avait obtenu en 1994 – n’ait pas suffi à imposer « Minotaur » comme lauréat suprême en dit long sur les lignes de fracture culturelles qui traversent le continent.
Cette double réception – célébration à l’extérieur, mise sous silence à l’intérieur – révèle l’ampleur du schisme entre la Russie officielle et sa diaspora culturelle. Alors que Zviaguintsev, exilé, tourne sur fond de tourmente géopolitique, le Kremlin verrouille l’espace médiatique et promeut un art patriotique. Le festival cannois, institution française par excellence, devient ainsi une caisse de résonance pour des voix russes étouffées, mais aussi un miroir des ambivalences européennes. Reste à savoir si ce geste solitaire, salué par la critique internationale, pourra fissurer, ne serait-ce que symboliquement, le récit imposé par Moscou.
| Presse européenne continentale | −0.60 | critical |
|---|---|---|
| Presse russe et CEI | −0.20 | neutral |
La presse européenne continentale met en avant l'appel du réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, qui a imploré Poutine de mettre fin au 'carnage' en Ukraine depuis Cannes. Les médias soulignent que les chaînes de télévision russes ont passé sous silence la nouvelle du prix, dénonçant la censure. Le film 'Minotaure' est décrit comme une critique de la guerre et de la mobilisation.
La presse russe rapporte la victoire du Grand Prix à Cannes pour le film 'Minotaure' d'Andreï Zviaguintsev, mais minimise le discours politique du réalisateur, se concentrant plutôt sur le succès artistique. Elle mentionne que Zviaguintsev s'est adressé à Poutine, mais sans insister, et souligne que le film parle d'une crise familiale et de la mobilisation, sans approfondir les critiques de la guerre.
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