
Berlinale 2026 : le cinéma comme arme de mémoire et de résistance face aux silences de l'histoire
La 76e édition de la Berlinale s’est imposée comme une caisse de résonance mondiale des traumatismes de guerre, où le cinéma devient le vecteur d’une mémoire qui refuse l’oubli. Parmi les œuvres les plus marquantes, « Voix de Hind Rajab », de la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hania, a obtenu le prestigieux prix « Cinéma pour la paix ». Le film, déjà récompensé à Venise, retrace le destin de la fillette palestinienne tuée par l’armée israélienne à Gaza, et transforme un fait divers en cri collectif.
Cette attention portée à la voix des enfants victimes de conflits trouve un écho douloureux en Ukraine, où Alisa Kovalenko, survivante de la guerre, a présenté « Scars ». Son documentaire, lauréat du prix du public, aborde le viol comme arme systématique et suit des femmes qui, telles la militante Iryna Dovhan, osent briser la loi du silence pour exiger justice et réparation. Le continent sud-américain n’est pas en reste : l’Argentine, qui n’a connu qu’une seule guerre au XXe siècle – celle des Malouines –, en interroge la mémoire à travers deux films. « Matria », de Jimena Chaves, invite les spectateurs à revisiter la douleur des « gamins des Malouines » envoyés à la mort par la dictature, tandis que « Malvinas, legado de sangre », de Daniel Ponce, filme le retour d’anciens combattants accompagnés de leurs enfants et petits-enfants.
Ce geste de transmission intergénérationnelle, loin de toute épopée, suggère que la mémoire ne se réduit pas à un souvenir figé, mais se construit dans l’écoute des cicatrices. En Iran, les cinéastes continuent de payer un lourd tribut pour faire entendre la dissidence. La réalisatrice Mahnaz Mohammadi, avec « Royâ » – portrait d’une enseignante incarcérée à Evin –, a présenté son œuvre en section Panorama.
Devant le public berlinois, elle a insisté sur la lassitude du peuple iranien, mais aussi sur son espoir obstiné en un après. Chacune de ces œuvres, qu’elle vienne de Tunis, de Kyiv, de Buenos Aires ou de Téhéran, partage une même urgence : faire du cinéma un lieu de résistance contre l’effacement. En offrant une scène mondiale à ces récits, la Berlinale ne se contente pas de les diffuser ; elle les inscrit dans une solidarité transnationale.
Alors que les guerres se multiplient et que les mémoires officielles tentent de les édulcorer, ces films rappellent que l’art n’est pas un simple miroir du réel, mais un outil pour le transformer – en brisant les silences imposés, en donnant aux victimes le dernier mot.
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