
Colombie : le Sénat adopte une loi historique contre les mutilations génitales féminines
Le Sénat colombien a approuvé en dernier débat un projet de loi interdisant les mutilations génitales féminines, une première en Amérique latine.
Le Sénat colombien a franchi une étape décisive en adoptant, en dernier débat, le projet de loi « Cuerpos Libres de Mutilación Genital Femenina », qui vise à interdire explicitement les mutilations génitales féminines (MGF) sur l’ensemble du territoire. Cette décision, saluée comme historique par les organisations de défense des droits des femmes, fait de la Colombie le premier pays d’Amérique latine à se doter d’une législation spécifique contre cette pratique. Le texte, qui doit encore recevoir la sanction présidentielle, marque l’aboutissement d’une longue mobilisation des communautés autochtones, notamment le peuple Emberá, dont les femmes ont porté la revendication jusqu’au Congrès.
L’adoption de cette loi intervient dans un contexte de tension législative, le projet ayant failli être enterré faute de temps dans l’agenda parlementaire. Selon des sources proches du dossier, la Fondation PLAN avait alerté sur le risque de voir la procédure repartir à zéro si le texte n’était pas examiné avant la fin des sessions ordinaires. Des organisations féministes et de défense des droits humains avaient adressé une lettre à la Mesa Directiva du Sénat pour exiger une priorisation des débats, soulignant l’urgence de mettre fin à une pratique qualifiée de « violation grave des droits humains ».
La MGF, qui consiste en l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins pour des raisons non médicales, est encore pratiquée dans certaines communautés colombiennes, notamment au sein du peuple Emberá. Les séquelles physiques et psychologiques sont souvent irréversibles. En adoptant cette loi, la Colombie rejoint un mouvement mondial de prohibition, mais se distingue en Amérique latine où peu de pays disposent d’une législation aussi explicite. En Europe, des pays comme la France, la Belgique ou le Canada ont déjà des lois réprimant les MGF, mais leur application reste inégale, notamment dans les diasporas africaines.
Au-delà de la portée symbolique, cette loi ouvre la voie à des politiques de prévention et de sanction. Les autorités colombiennes devront désormais mettre en place des mécanismes de détection et de protection des filles à risque, tout en engageant un dialogue avec les communautés concernées pour faire évoluer les normes culturelles. L’enjeu est de taille : éradiquer une pratique ancrée dans certaines traditions sans stigmatiser les populations autochtones. La réussite de cette entreprise dépendra de la capacité de l’État à conjuguer fermeté judiciaire et approche culturelle respectueuse.
Cette avancée législative intervient alors que le Congrès colombien a également adopté, lors de sa dernière séance, une loi sur la sécurité nucléaire. Mais c’est bien le vote contre les MGF qui retient l’attention, tant il incarne une victoire pour les droits des femmes et des filles dans un pays marqué par les inégalités. Reste à savoir si la sanction présidentielle sera rapide et si les moyens suivront pour faire de cette loi une réalité sur le terrain.
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