
Des rues d’Hérat au web maghrébin, la répression des voix dissidentes s’intensifie
En Afghanistan, les femmes manifestent contre les arrestations liées au hijab, tandis qu’en Algérie et au Maroc, des activistes sont poursuivies pour discours haineux ou fausses nouvelles, illustrant un durcissement mondial du contrôle de l’expression.
Le 22 juin, les prières du vendredi à Hérat se sont muées en un cri de colère, alors que des Afghans – hommes et femmes – défilaient contre la nouvelle vague de répression du régime taliban. Depuis plusieurs jours, les forces de l’ordre arrêtent des jeunes femmes sous le prétexte d’un « hijab inapproprié » et répriment violemment les protestations, faisant au moins deux morts, dont un enfant. Les familles des détenues restent sans nouvelles, et une déclaration de la police locale, qui nie les tirs et les arrestations tout en menaçant de durcir la réponse, attise les craintes d’une escalade. Hérat cristallise ainsi la résistance à l’apartheid de genre imposé depuis le retour au pouvoir des talibans, mais aussi l’emploi impitoyable de la force pour museler toute opposition.
Au Maghreb, si le contexte diffère, la criminalisation de la parole publique obéit à des logiques analogues. À Alger, une jeune femme a été interpellée après avoir posté sur TikTok une vidéo contenant des propos haineux envers un quartier populaire. L’enquête, rapidement menée par la police judiciaire, a permis de l’identifier et de récupérer le téléphone utilisé, tout en révélant la détention de cannabis. L’intéressée a été placée en détention provisoire, poursuivie pour incitation à la discrimination et à la haine. Présentée comme une opération de protection de l’ordre public, cette affaire illustre le maniement des lois sur la cybercriminalité par le pouvoir algérien, soucieux de réguler un espace numérique souvent perçu comme une menace pour la stabilité sociale.
Au Maroc voisin, une autre figure du militantisme en ligne a été arrêtée pour avoir diffusé sur Instagram de fausses informations relatives à de prétendus abus sexuels sur des pensionnaires mineures d’un foyer à Taounate. Accusée de « bruits et nouvelles fausses », la jeune femme de trente ans a été incarcérée préventivement et jugée en comparution immédiate. Si la lutte contre les infox peut apparaître légitime, cette célérité judiciaire interroge quant à l’instrumentalisation de la notion de « vérité officielle » pour faire taire des voix critiques, a fortiori lorsqu’elles émanent de la société civile.
Au-delà de leur singularité, ces trois foyers esquissent une tendance à l’échelle mondiale : le tour de vis autoritaire, sous couvert de défense des valeurs morales, de la sécurité publique ou de l’intégrité de l’information, resserre l’étau sur la liberté d’expression. La rue afghane qui brave le joug taliban, les internautes maghrébin·es qui dénoncent les abus ou expriment leur ras-le-bol, se heurtent à des juridictions d’exception et à un appareil répressif de moins en moins dissimulé. Les organisations de défense des droits humains, en Europe comme ailleurs, y voient un signal alarmant pour le débat démocratique, particulièrement quand ces mesures ciblent les corps et la parole des femmes.
Élargis ton regard
L’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan signent un pacte de défense collective à La Mecque
10 langues · 28 sources
Depuis Economy & MarketsProvisionnement en hausse : les banques émergentes entre expansion du crédit et dégradation des actifs
2 langues · 6 sources
Depuis TechnologyAmazon confirme une centrale à gaz géante au Texas pour ses data centers
6 langues · 10 sources