
Le triomphe du Al-Hilal, vitrine du soft power saoudien et de l’emprise princière
En présence du prince héritier Mohammed ben Salmane, le club de Riyad remporte la Coupe du Roi, symbole d’une quête de légitimité populaire et d’une stratégie sportive nationale.
Le 8 mai 2026, sous les projecteurs du stade Al-Inma à Jeddah, le club saoudien d’Al-Hilal a décroché la dixième Coupe du Roi de son histoire en battant Al-Kholood par deux buts à un. Mais au-delà de l’exploit sportif, c’est la scène politique qui a retenu l’attention. Lors de la cérémonie de remise du trophée, le prince héritier Mohammed ben Salmane, présent en tribune, a été accueilli par une foule debout, scandant son nom et applaudissant longuement. Une séquence filmée et diffusée en boucle sur les réseaux sociaux, où l’on voit également le joueur Sultan Mandash oublier de recevoir son prix après avoir salué le prince, avant d’y revenir précipitamment, illustrant l’aura qui entoure le souverain de facto.
Cette finale intervient dans un contexte où l’Arabie saoudite utilise le sport comme levier diplomatique et outil de soft power. La présence de Mohammed ben Salmane n’est pas anodine : elle confirme l’ancrage de la monarchie dans la vie populaire, alors que le royaume multiplie les investissements footballistiques, du rachat de clubs européens à l’organisation de la Coupe du monde 2034. L’enthousiasme des supporteurs, toutes équipes confondues, a été décrit comme « immense » par les médias arabes, signe que le régime capitalise sur l’unité nationale autour du ballon rond.
Dans les coulisses, l’ombre du prince Al-Walid ben Talal, actionnaire à 70 % d’Al-Hilal, a également pesé. Sur les réseaux sociaux, il a salué cette première victoire sous son contrôle, renforçant l’idée d’un modèle économique mêlant capital princier et ambition sportive. Le Franco-Algérien Karim Benzema, vedette du club, a lui aussi échangé un moment chaleureux avec le prince héritier lors de la remise des récompenses, une image qui résonne au-delà des frontières saoudiennes. En France et en Afrique francophone, où le joueur conserve une immense popularité, cette scène renforce l’image d’un royaume ouvert, mais toujours sous haute surveillance.
Du Golfe à l’Afrique du Nord, ce triomphe est perçu comme un nouvel épisode de la stratégie saoudienne : fusionner le sport, l’argent et le politique pour façonner une identité moderne. Reste à savoir si ce modèle, qui concentre les titres et les projecteurs sur quelques clubs soutenus par l’État, ne creusera pas à terme un fossé avec les équipes moins dotées, dans un championnat où Al-Hilal domine déjà largement. Mais pour l’heure, la fête est totale, et le message est clair : le roi du football saoudien, c’est aussi le prince.
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